Fari Foni Waati : la dixième édition fait dialoguer danse et dramaturgie !

À l’occasion de sa dixième édition, le laboratoire Fari Foni Waati aborde un tournant artistique essentiel en invitant un dramaturge au cœur de son processus de création. Une innovation assumée, pensée comme un espace de dialogue entre les disciplines, où le corps dansant rencontre l’écriture, le sens et la construction dramaturgique. Pour la directrice du laboratoire, Kadidja Tiemanta, cette évolution répond à une conviction forte : « Il n’y a pas de danse sans dramaturgie ».

Longtemps vue comme un art de la pure physicalité, la danse se révèle ici comme un langage narratif à part entière. À Fari Foni Waati, les gestes ne sont plus seulement porteurs de formes ou d’émotions, mais ils deviennent des vecteurs de récits et de tensions dramatiques. La dramaturgie vient ainsi structurer le mouvement, lui donner une ossature, une trajectoire, un souffle. Et inversement, la danse enrichit la dramaturgie d’une parole silencieuse, incarnée, sensorielle.

Cette approche trouve un écho particulier avec la participation, pour la première fois au laboratoire, du dramaturge et metteur en scène burkinabè Étienne Minoungou, fondateur des Récréâtrales (Résidences Panafricaines d’écriture, de création et de recherche théâtrales) à Ouagadougou, un rendez-vous panafricain majeur de l’écriture et de la création théâtrales. Habitué aux plateaux de théâtre et aux textes, Minoungou découvre à Fari Foni Waati un terrain inédit. « C’est la première fois qu’en tant que dramaturge, je participe à un laboratoire qui est essentiellement un laboratoire de danse », confie-t-il.

Assisté d’ailleurs par le danseur et chorégraphe Lassine Koné, pour Etienne, cette immersion dans l’univers chorégraphique a permis de créer un véritable dialogue entre la danse et le théâtre, loin des cloisonnements habituels. La dramaturgie ne s’impose pas comme une contrainte, mais comme un outil d’écoute et d’accompagnement du mouvement. Elle aide à clarifier les intentions artistiques, à affiner les choix esthétiques, à donner une lisibilité aux propositions scéniques sans jamais figer la liberté du corps.

Introduire une autre discipline à cette dixième édition apparaît, selon Étienne Minoungou, comme une idée particulièrement féconde. Une démarche qui l’a non seulement enrichi dans sa pratique, mais qui lui a surtout permis de repenser la dramaturgie autrement, en l’ouvrant au rythme, au silence et à l’espace. « Dans la dramaturgie aussi, il y a une danse des mots, des intentions et des choix artistiques », souligne Kadidja Tiemanta, rappelant que l’écriture scénique ne se limite pas au texte.

Avec cette orientation, Fari Foni Waati affirme sa volonté de devenir un laboratoire de croisements artistiques, où les disciplines se nourrissent mutuellement. En faisant dialoguer danse et dramaturgie, le programme interroge les formes contemporaines de création scénique et propose une vision élargie de l’acte artistique.

Issouf Koné

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