Homeland, le nouvel album de l’artiste sénégalais Seckou Keita est d’une ouverture musicale d’exception. Le côté pluriel qu’il dégage ne l’empêche pas d’être harmonieux et très singulier. Bien que dominé par la musique mandingue, on y retrouve un peu d’autres influences qu’elles soient urbaines, Hip-hop, Afro pop, Jazz ou poétique. Un projet ambitieux et très cosmopolite.
D’entrée, une pochette qui invite à embrasser l’univers de l’artiste avec un lot de questionnements. La photographie qui l’illustre, mettant en scène l’homme de dos, marchant dans une rue pratiquement déserte mais si captivante, projette mille et une sensations : sensation de retour aux source, de voyage dans les bras de l’essentiel, de volonté de se retrouver avec soi-même, de regagner la maison afin de s’abreuver du lait de ses origines, de ceci, de cela. Après écoute, les douze titres qui composent l’album donnent du crédit à chacune de ces idées qui sont bien évidemment loin d’être exhaustives.
Seckou Keita, avec le premier chapitre de cet album baptisé Homeland, projet exploité en quatre langues que sont le Wolof, le mandinka, le français et l’anglais, a réussi le remarquable pari de mettre sa musique au service de ce qui la définie le mieux : l’universalité. Cette pratique n’est pas nouvelle chez l’artiste qui a toujours privilégié le multilinguisme dans sa démarche artistique comme on peut le constater dans bon nombre de ses projets, qu’ils soient collaboratifs ou pas. L’album a d’ailleurs été travaillé entre le Sénégal, le Royaume-Uni, la Belgique et l’Allemagne. Une belle ouverture sur le monde.
La narration
En parcourant Homeland, de l’intro à l’outro, on constate que la part belle est faite à la narration qui est très présente. Nous plongeons très tôt dans cet art avec la voix remarquable de l’artiste Moussa Ngom… Ce premier morceau plante le décor et le fait assez parfaitement de sorte à rendre le voyage à travers l’album fluide. Des titres posés, invitant à s’évader, à la réflexion, le choix de l’artiste pour le Spoken word n’est pas du tout désintéressé : « Au cœur de Homeland se trouve la narration, une partie essentielle de la tradition des griots, qui s’est façonnée au fil des siècles et fait partie intégrante de ma vie et de ma culture. Par-dessus tout, nous sommes les gardiens des histoires et de l’Histoire », confie-t-il.
Ce côté intime, posé, qui a la limite fait rêvasser au sens positif du terme, se perçoit dans d’autres titres comme le cinquième du projet, « Réflexions ». Avec pour seul accompagnement la Kora, il s’agit d’un flow de verbes qui, dans sa brièveté, enrage, tellement il nous enveloppe, nous invite à la méditation pour ensuite nous abandonner ou bout d’une petite minute. Le huitième morceau de l’album, « Déportation blues », s’inscrit également dans ce registre avec son rappelle de la traite transatlantique et ses esclavagistes, qui a bord de négriers, ont déporté, durant des siècles, des générations entières d’africains.
Un projet ouvert
A côté de de ces douces compositions mélangeant brillamment des sujets qui parlent à l’âme, qui consolent et interrogent l’inaccessible, cohabitent des morceaux très pop, qui font chanter, font voyager. Des titres qui encouragent à persévérer, à prendre la vie du bon côté, à garder espoir : « Chaque jour pour toi est un combat, chaque jour tu te lèves pour ta survie, » paroles tirées du quatrième morceau « chaque jour ». Il y a aussi des produits qui peuvent entrainer sur une piste de danse comme on peut le remarquer avec Ni Mala Beugué, du pur Mbalax made in Sénégal. Les aigues dans la voix, le son des tama mariés à ceux des sabar, tout est ambiance et bon vivre. L’auteur a d’ailleurs consacré un clip à ce morceau. Réalisé à Saint-Louis, il est sur les plateformes de visionnage depuis le 07 juin 2024.
En plus de Moussa Ngom, Séckou Keita a fait appel à d’autres artistes de talent dont le mythique duo de Hip hop galsen Dara J Familly, Abdoulaye Sidibé, ancien enseignement au conservatoire de patrimoine invisible en particulier celui de la culture mandingue, Zena Edwards, musicienne, poète et écrivaine anglaise aux origines du Zimbabwe et Hannah Lowe, poète et académisme anglaise d’origine chinoise et jamaïcaine.
Fais-moi rêver, Wakili, bê té sonan…docteur Seckou Kéita sera en tournée dès le 24 octobre prochain pour plus d’une vingtaine de date. Il rencontrera son public du côté de la Belgique et de sa grande Bretagne adoptive.
Issouf Koné



