Le samedi 31 janvier, au Centre international de conférence de Bamako, le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a présenté les grandes lignes du bilan de l’Année de la Culture. Une vidéo introductive, riche en images et chiffres, a donné le ton. Mais derrière la célébration, le ministre a tenu à nuancer : selon lui, tout n’a pas été fait. Il a rappelé que l’action publique est une œuvre humaine. Cette prudence de langage mérite d’être relevée : elle salue les efforts déployés tout en replaçant le bilan sur le terrain du réalisme, loin d’une autosatisfaction totale.
D’emblée, la principale réussite revendiquée est la mobilisation nationale. Le ministre Mamou Daffé a répété que l’Année de la Culture n’a pas été celle du ministère seul : « elle a été l’année de tous ». Des initiatives communautaires, festivals et actions culturelles se sont multipliés dans les régions, de Kayes à Sikasso, de Tombouctou jusqu’à Ménaka.
Le ministère indique avoir soutenu plus de 127 événements culturels sur l’ensemble du territoire, signe d’une volonté d’ancrage local et d’une dynamique plus large que la seule capitale. Le ministre a insisté sur un point important : de nombreuses actions auraient été menées sans financement public direct, certains citoyens ayant engagé leurs propres moyens « au nom de l’Année de la Culture ». Un point qui renforce l’idée d’un élan populaire remarquable.
Valeurs et citoyenneté : des résultats chiffrés
L’un des axes structurants a été l’éducation aux valeurs sociétales et à la citoyenneté. Ici, le bilan devient plus tangible grâce aux chiffres. Le programme Faso Baro Kènè a donné lieu à 11 conférences organisées dans 9 régions et le District de Bamako, mobilisant 5 350 personnes.
De son côté, Faso Sifinso (« la case des valeurs ») revendique 5 conférences ayant touché 3 250 jeunes, et 23 diffusions d’outils d’art social dans les écoles et communautés, mobilisant 39 844 personnes dans plusieurs localités (San, Koutiala, Kita, Bougouni, Sikasso, Koulikoro, Dioïla, Ségou, Bamako).
Ces données montrent que l’Année de la Culture n’a pas été uniquement festive : elle a aussi été éducative et sociale. Mais l’analyse impose une réserve : la sensibilisation, même massive, n’équivaut pas à une transformation durable. Le projet de curricula Maaya ni Danbé est encore en conception avec les ministères concernés, en vue d’une insertion dans les cycles fondamental et secondaire.
Sur le plan artistique
L’Année a favorisé la production et la promotion des talents. Le ministère indique que 25 œuvres artistiques (théâtre, slam, danse, arts visuels, conte) ont été créées via des appels à candidatures. Le ministre parmi ces œuvres a rappelé le spectacle « La case des valeurs » de la compagnie Nama, a moitié financé par le département.
Un chiffre encourageant, même s’il reste modeste au regard de la richesse créative nationale et du nombre d’artistes en attente de soutien. L’Incubateur des Talents Maliden Kura (ITM), autre dispositif phare, a permis la sélection d’une première cohorte de 15 jeunes talents, formés et accompagnés.
Là aussi, l’approche est structurante (formation, mentorat), mais la portée demeure expérimentale : l’enjeu sera de passer de la vitrine à l’élargissement.
Travail mémoriel
Le travail mémoriel apparaît comme l’un des marqueurs les plus visibles de l’année de la culture. Le bilan revendique l’exécution à 100 % du décret présidentiel de dénomination dans le District de Bamako : 11 boulevards, 15 avenues, 5 rues, 1 place publique et 3 établissements publics ont été rebaptisés aux noms de grands hommes ou héros militaires. Deux places ont été inaugurées à Koulouba : Mali Cεbaw (Grands hommes du Mali) et Mali Kεlεmasaw (Chefs de guerre).
Le ministre insiste sur l’importance de célébrer les héros sans renier les pages sombres, notamment la colonisation. L’orientation est politiquement forte et cohérente dans un contexte de souveraineté revendiquée. Mais elle appelle aussi une exigence : transformer les symboles en politiques de mémoire durables (archives, recherche, musées, programmes scolaires).
Un budget impliquant des contributions citoyennes
Sur le financement, le ministre estime difficile, voire injuste, de parler d’un budget car « beaucoup d’efforts n’ont pas été comptabilisés », notamment de nombreuses contributions citoyennes. Il précise toutefois que le ministère a eu près de deux milliards de FCFA en plus du budget de fonctionnement.
Cette clarification est utile, mais laisse une attente : un bilan financier plus détaillé. Dans un contexte où la gouvernance publique est scrutée, l’absence de ventilation précise des dépenses peut nourrir interrogations et critiques, même si l’engagement des acteurs semble réel.
L’année a aussi tenté d’améliorer la condition des acteurs. Le lancement de l’Assurance Volontaire pour la Culture (AVOC), un point de départ, continuera d’enrôler les artistes. A ce jour, ce dispositif a permis d’enrôler 953 personnes.
Poursuivre l’essentiel
Ces actions sont positives, mais elles restent encore limitées en volume au regard des besoins. L’Année de la Culture ressemble moins à une conclusion qu’à un lancement : une mobilisation réelle, des outils nouveaux, des résultats mesurables sur certains programmes, et des symboles forts. Mais aussi des défis persistants : indicateurs d’impact insuffisants, réformes encore fragiles, financement à clarifier, dispositifs sociaux à élargir.
Le ministre, en reconnaissant que tout n’a pas été fait, a ouvert la porte au constructif. Reste l’essentiel : consolider les acquis et transformer l’élan de 2025 en politique culturelle durable. Car une renaissance culturelle ne se décrète pas : elle se construit, s’organise et se finance dans le temps.
Issouf Koné



