A Bamako, le slam reprend la parole avec le projet « Tama Sira » et le lancement de nouveaux EP

L’Institut français du Mali a servi de cadre, récemment, au lancement officiel de plusieurs EP issus du projet « Tama Sira », une initiative artistique qui redonne voix au slam malien autour de thématiques contemporaines, notamment celle de l’immigration irrégulière. Lancé à la fin de l’année 2025, le projet « Tama Sira » s’inscrit dans une dynamique de création engagée, portée par de jeunes slameurs décidés à faire entendre leurs mots sur des réalités sociales souvent sensibles. À travers leurs œuvres, ces artistes abordent notamment les drames humains liés aux migrations, donnant une dimension poétique et critique à leurs récits.

Partenaire du projet, l’Institut français du Mali a accompagné la production des clips et offert un cadre de création aux artistes. Sa directrice, Mme Aurélie, n’a pas manqué de saluer leur engagement et la qualité des œuvres présentées lors de la cérémonie.

Du côté des initiateurs, H, directeur de Art Académie, a rappelé le chemin parcouru par le slam au Mali. « Il y a une vingtaine d’années, à l’âge d’or du slam, les projets étaient plus rares. Aujourd’hui, les groupes se multiplient et la scène est en pleine effervescence », a-t-il souligné.

Il est également revenu sur l’introduction du slam au Mali, en 2006, avec un groupe venu de Paris, avant de rendre hommage à des figures comme Tatishka et Black Dove, qui ont contribué à populariser cette discipline, notamment sur les réseaux sociaux. « Les artistes ont compris que leur premier produit, c’est eux-mêmes », a insisté H, mettant en avant la nécessité pour les slameurs de se professionnaliser.

Des EP engagés et personnels

Quatre artistes ont ainsi dévoilé leurs EP, chacun portant une identité forte : Black Dove, avec “Yeleen”, propose une œuvre introspective où la mer devient témoin des tragédies migratoires. « La mer voit tout », suggère-t-elle, dans un projet qui oscille entre constat et mise en lumière. William Du Bois, à travers “Passion née”, célèbre la collaboration artistique et l’énergie collective née du projet. 2N, avec “Feux de bouche”, livre un travail né de mots longtemps retenus, invitant le public à écouter et à explorer sans détour. Kôrô, dans “Tant pis pour les mots”, confie que la réalisation d’un EP n’était pas une ambition initiale, mais s’est imposée comme une évidence au fil de son parcours.

Les clips, réalisés avec l’appui de l’Institut français, ont été projetés lors de la cérémonie, notamment “Une si longue lettre” de Du Bois et “Allez assume” de Black Dove. Autre particularité du projet : l’intégration de l’intelligence artificielle dans la réalisation des vidéos. Une initiative assumée, proposée par H, qui témoigne de l’évolution des pratiques artistiques et des nouvelles possibilités offertes aux créateurs.

Une tournée en perspective

Dans la continuité du projet, une tournée est prévue à Kayes, où les quatre lauréats se produiront autour de la thématique de l’immigration. Une manière de prolonger la réflexion engagée et de porter ces messages au plus près des populations concernées.

Avec « Tama Sira », le slam malien confirme son renouveau. Entre engagement social, innovation artistique et accompagnement structuré, cette nouvelle génération d’artistes semble bien décidée à inscrire durablement ses mots dans le paysage culturel national.

Issouf Koné

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