À la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou, la région de Kita ne cache pas son assurance. Sa troupe impose une présence profondément engagée. À la tête de sa troupe, Diabaté Bemba Amara, plus connu sous le nom de Toss. Il incarne cette sérénité confiante d’une région souvent qualifiée de « nouvelle », mais qui refuse toute étiquette réductrice.
Depuis leur arrivée à Tombouctou, le séjour de la troupe de Kita se déroule dans de bonnes conditions. « Depuis que nous sommes là, ça va », résume simplement Diabaté Bemba Amara. L’accueil, dit-il, est très chaleureux. Le quartier qui les héberge, à travers ses notabilités, se montre présent au quotidien. Les habitants viennent régulièrement s’enquérir de l’état de la troupe, de ses besoins, de son moral. Une attention constante qui dépasse le simple protocole pour rejoindre ce que le directeur de troupe qualifie d’hospitalité légendaire de Tombouctou. Ici, l’artiste n’est pas un étranger : il est un hôte respecté.
Toutefois, cet accueil exemplaire n’empêche pas quelques contraintes logistiques. Diabaté Bemba Amara regrette que trois troupes soient logées dans une même petite école, le complexe scolaire Beyrey. Une situation qui pose un véritable défi pour les répétitions. Les troupes ont besoin d’espace pour travailler sereinement, répéter à huis clos, ajuster les derniers détails. Or, dans un espace restreint, les répétitions deviennent visibles, exposant les numéros aux regards des autres troupes, ce qui n’est pas recommandé dans un contexte de compétition. Cette promiscuité artistique exige une grande discipline et une vigilance permanente.
Malgré cela, le directeur de troupe reconnaît un avantage non négligeable : l’école est située à deux pas du stade qui accueille les compétitions, ce qui facilite grandement les déplacements. Un détail logistique qui, dans le rythme intense de la Biennale, devient un atout précieux.
Il salue également un autre point fondamental : la sécurité. Un poste de sécurité a même été installé à l’intérieur de l’école Beyrey, renforçant le sentiment de tranquillité. Pour Diabaté Bemba Amara, cet effort mérite d’être souligné.
Sur le plan global, le verdict est sans appel : le pari de la Biennale est gagné. À ses yeux, la tenue de cet événement à Tombouctou prouve que la culture peut rassembler, organiser et rassurer, même dans un contexte national souvent perçu à travers le prisme de l’insécurité.
Concernant la participation de la région de Kita, le directeur de troupe se montre particulièrement confiant. Kita est venue très préparée. Cette préparation est aussi une réponse à certains préjugés persistants. « Les gens pensent que les nouvelles régions sont faibles, mais c’est tout le contraire », affirme-t-il avec fermeté. Pour lui, la Biennale repose sur un principe fondamental : l’égalité des règles. Chaque région, ancienne ou nouvelle, est soumise aux mêmes critères, aux mêmes exigences, aux mêmes conditions. Personne n’est au-dessus de personne. Sur scène, seule la qualité du travail compte.
Les prestations de la troupe de Kita traduisent cette rigueur et cette profondeur. À travers les différentes disciplines, solo de chant, ensemble instrumental, pièce de théâtre et danse traditionnelle, la région a exploré un large éventail de thématiques essentielles. La paix y occupe une place centrale, non comme un slogan, mais comme une nécessité vitale. La préservation du patrimoine et la sauvegarde des valeurs transmises par les anciens rappellent l’importance de la mémoire collective dans la construction de l’avenir.
La cohésion sociale est également au cœur des messages portés par la troupe, tout comme la bravoure de l’armée malienne, saluée pour son rôle dans la défense du territoire. À cela s’ajoute une réflexion plus intime et philosophique : la connaissance de soi. Pour Diabaté Bemba Amara, cette valeur est fondamentale. Se connaître soi-même, connaître son histoire, ses forces et ses limites, est une condition essentielle pour aller de l’avant en tant qu’individu et en tant que nation.
Les spectacles de Kita rendent aussi hommage aux grands personnages historiques qui ont façonné le Mali, rappelant que le présent ne peut être compris sans le passé. Cette plongée dans l’histoire n’est pas nostalgique ; elle est pédagogique et mobilisatrice.
Enfin, la troupe met en lumière un atout majeur du pays : une jeunesse dynamique. Sur scène, cette jeunesse apparaît disciplinée, créative et consciente des enjeux de son temps. Elle danse, chante et joue non seulement pour briller, mais pour transmettre un message. Un message d’espoir, de continuité et de responsabilité.
À Tombouctou, la région de Kita ne cherche pas à faire du bruit inutile. Elle avance avec méthode, portée par une vision claire de la culture comme outil de paix, de transmission et de dignité. À travers la voix posée de Diabaté Bemba Amara, c’est toute une région qui affirme sa place, sans complexe, dans le concert culturel national.
Issouf Koné



