Pour Lassine Koné, la danse n’a jamais été un simple métier. Elle est un langage, une responsabilité et un engagement profond envers la société. Danseur et chorégraphe parmi les plus actifs du continent africain, il a su faire de son parcours artistique un espace de conviction, de partage et de transmission. Fondateur du Don Sen Folo Lab, il s’impose aujourd’hui comme l’une des figures majeures de la danse contemporaine en Afrique de l’Ouest, un artiste dont le travail nourrit les corps autant que les consciences.
Lassine Koné découvre très tôt le mouvement comme une manière d’exister au monde. Ses premiers pas de danse naissent au Centre Karim Togola, dans un environnement où l’expression corporelle est à la fois populaire, festive et profondément ancrée dans le quotidien. Il suit aussi d’autres formation au Burkina, au Sénégal et en Europe, lors de ses premiers voyages hors du Mali.
Enfant, il ne se destinait pas nécessairement à une carrière artistique tracée d’avance. Comme beaucoup, il rêvait, explorait, hésitait faisait ses calculs de petit garçon. Mais la danse, progressivement, s’est imposée à lui, non comme un choix rationnel, mais comme une évidence. Malgré les questionnements et parfois les réticences familiales, le jeune Lassine persiste, porté par une intuition forte : le corps peut dire ce que les mots taisent.
Centre Art Don Sen Folo à Don Sen Folo Lab
Vers les années 2010, Lassine Koné s’investit pleinement dans la chorégraphie et la création contemporaine. Kalaban Coro devient pour lui un quartier d’ancrage, de recherche et de construction. Il y découvre un écosystème artistique riche, traversé par des traditions puissantes et des formes contemporaines en pleine effervescence. Cette rencontre entre héritage et modernité nourrit profondément son écriture chorégraphique.

De cette dynamique naît le Centre Art Don Sen Folo qui devient plus tard Don Sen Folo Lab, un projet qu’il met en place avec la volonté claire de créer bien plus qu’une simple structure artistique. Initialement installé à Kalaban Coro Coulou Bléni, le laboratoire se pense dès le départ comme un lieu vivant : un espace de création, de mémoire, de formation et de transmission. Très vite, Don Sen Folo Lab devient un point de ralliement pour de jeunes danseurs, chorégraphes et artistes en quête d’accompagnement et de reconnaissance. Lassine Koné y développe une pédagogie fondée sur l’écoute, l’exigence et la liberté du mouvement.
En 2020, le laboratoire connaît une étape décisive avec sa délocalisation à Bancoumanan, dans un espace plus vaste et mieux adapté à ses ambitions. Ce nouveau lieu permet d’accueillir régulièrement des résidences de création, des formations et des événements artistiques d’envergure. Des artistes venus de nombreux pays africains y séjournent, notamment dans le cadre de projets tels que Corps pour le XXIIᵉ siècle, parmi d’autres initiatives. Don Sen Folo Lab s’affirme alors comme un véritable carrefour de la danse contemporaine africaine, ouvert sur le monde mais profondément enraciné dans son territoire.
Un créateur prolifique
Parallèlement à son travail de formateur et de directeur artistique, Lassine Koné poursuit une carrière de créateur prolifique. Il signe et produit plusieurs spectacles qui circulent sur les scènes nationales et internationales. Ses œuvres sont programmées dans des rendez-vous majeurs tels que le Festival sur le Niger, le MASA ou encore Rendez-vous chez nous à Bamako. À travers ces créations, il interroge le corps africain contemporain, ses tensions, ses mémoires, ses silences et ses espoirs.
Son parcours l’amène à voyager largement. L’Europe, l’Asie, l’Amérique et de nombreux pays africains l’accueillent, autant pour ses spectacles que pour des ateliers, des formations et des collaborations artistiques. Ces déplacements nourrissent sa réflexion et enrichissent son travail, sans jamais l’éloigner de ses préoccupations premières : la place de l’artiste dans la société, la transmission intergénérationnelle et la capacité de l’art à transformer les regards.

Parmi ses créations récentes, « Contenu vide » marque un moment fort de son parcours. Œuvre d’une profondeur philosophique, le spectacle questionne le sens, l’absence, le trop-plein et le vide dans nos sociétés contemporaines. Cette création lui vaut plusieurs reconnaissances et confirme la maturité de son écriture chorégraphique, à la fois épurée, engagée et universelle.
Au-delà de la scène, Lassine Koné s’illustre également par des projets structurants pour le paysage culturel malien. Sous sa direction, le Don Sen Folo Lab initie la pirogue du Zémé, une scène flottante amarrée au Palais de la Culture de Bamako. Pensée comme un espace hybride et innovant, cette pirogue accueille des masters class, des projections, des visites artistiques sur le fleuve Niger et des rencontres pluridisciplinaires. Récemment, le site s’est enrichi d’une nouvelle scène voisine, dédiée à l’ensemble des arts vivants : la scène Suruku du Zéméba. Pour Lassine Koné, cette réalisation constitue l’une des plus importantes de sa carrière d’homme de culture, un symbole fort de l’art en dialogue avec son environnement.
Un engagement qui se poursuit
Depuis 2025, son engagement prend également une dimension institutionnelle. Porté à la tête de la Fédération des danseurs et chorégraphes du Mali, Lassine Koné poursuit son combat pour la structuration du secteur. Malgré les difficultés, il œuvre sans relâche pour la reconnaissance des artistes, l’amélioration des conditions de travail et la valorisation de la danse comme discipline majeure des arts vivants au Mali.

À travers son parcours, Lassine Koné incarne une vision de l’art profondément humaine. Un art qui forme, qui rassemble et qui transmet. Un art qui ne se contente pas de la scène, mais qui s’inscrit dans le temps long, au service des générations présentes et à venir.
Issouf Koné



