Les Praticables : « Bamako Coura jusqu’au bout », quand la ville se raconte en mouvement

Avec Bamako Coura jusqu’au bout, l’artiste et metteuse en scène Christelle David propose une échappée singulière hors des cadres habituels du festival Les Praticables. « Coura » pour le quartier, « courra » pour le mouvement : le jeu de mots dit déjà l’essentiel. Il s’agit de quitter un instant les scènes fixes, de prendre le temps de sortir du festival pour mieux y revenir, en traversant la ville, en la parcourant, en la vivant.

Le concept est simple et audacieux à la fois : embarquer les festivaliers à moto, casques sur la tête, pour une dérive urbaine à travers Bamako Coura et ses alentours. Mais ici, pas de commentaire touristique ni de discours explicatif. Le casque diffuse un son, un texte écrit par Christelle elle-même. Une voix intime, presque chuchotée, accompagne le trajet. C’est une visite guidée qui n’en est pas une, une expérience sensorielle et narrative où la ville se donne à entendre.

Pour l’initiatrice du projet, Bamako Coura n’est pas un quartier que l’on visite comme un décor figé, mais un espace qui se vit, qui se traverse avec le corps et les émotions. Le regard se mêle aux vibrations de la route, aux odeurs, aux bruits réels de la ville, pendant que la voix dans le casque ouvre un autre niveau de perception. Le spectateur devient passager, mais aussi dépositaire d’un récit intérieur, unique, façonné par le mouvement.

La moto elle-même occupe une place centrale dans cette proposition. Christelle ne voulait pas d’un simple objet fonctionnel, « plastique » ou neutre. Elle souhaitait que la moto soit un personnage à part entière, presque une entité. L’idée était forte : une moto comme quelqu’un qui serait décédé, puis réincarné pour revenir raconter une histoire à celui ou celle qui la chevauche. Il fallait donc une forme, une présence, une identité capable de porter cette narration invisible.

C’est dans ce cadre que la collaboration avec des artistes maliens s’est imposée, et que le nom de Cheick Diallo est revenu avec insistance. À partir des idées de Christelle, il conçoit une moto spéciale, sculpturale, immédiatement reconnaissable. Un objet hybride, entre design, art et performance, pensé pour être vu autant que vécu. Visible, impossible à ignorer, elle attire les regards partout où elle passe. Dans les rues, les curieux s’arrêtent, observent, interrogent. Et pendant ce temps, deux motos offrent aux festivaliers des Praticables un moment de joie rare : celui de redécouvrir Bamako Coura en courant, jusqu’au bout.  

Issouf Koné

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