Dédié aux talents émergents du continent, le Prix Naomi Steuer, remporté par Stella Tchuisse du Cameroun, à la première édition du Prix Ibibi est à la fois un devoir de mémoire et un tremplin professionnel. Ce prix célèbre une photographie au féminin, audacieuse, engagée et profondément ancrée dans les réalités contemporaines. Il ne s’agit pas seulement de récompenser des images, mais de soutenir des voix : celles de femmes qui racontent l’Afrique avec force, nuance et singularité.
L’histoire du Prix Naomi Steuer est intimement liée à un partenariat de cœur et d’esprit. Créé sous l’égide de Yamarou Photo (Mali) et intégré au cadre prestigieux du Prix Ibibi, il a vu le jour grâce au soutien déterminant de la Fondation Oumou Dilly. L’initiative dépasse le simple cadre institutionnel : elle est née d’une volonté commune de transformer une mémoire en action, de prolonger une vision en héritage et d’inscrire un engagement culturel dans la durée.
Le prix rend hommage à la mémoire de Dr Noemi Steuer, anthropologue et ancienne directrice de la fondation, disparue le 14 juillet 2020 en Suisse. Femme de savoir et de terrain, elle a consacré une grande partie de sa carrière à la promotion du dialogue culturel entre l’Europe et l’Afrique, à l’accompagnement des initiatives de recherche, et au soutien de la création artistique sur le continent. Son parcours incarne une certaine idée de la culture : un espace de circulation, de transmission et d’écoute. En portant son nom, le prix transforme sa passion pour l’Afrique en un héritage vivant destiné aux nouvelles générations de photographes.
L’objectif du Prix Naomi Steuer est clair : renforcer la présence des femmes photographes africaines dans un domaine encore largement dominé par des regards masculins. Il s’agit de corriger un déséquilibre historique, mais aussi d’ouvrir un champ de possibles. En récompensant une approche féminine singulière, le prix ne se limite pas à juger la maîtrise technique. Il valorise avant tout une photographie qui raconte, qui interroge, qui témoigne. Le regard devient ici un acte, une manière de documenter le monde tout en le questionnant.
Dans cette perspective, le prix met en avant trois dimensions essentielles. D’abord, le témoignage social, à travers des images capables de révéler les réalités économiques, politiques et culturelles de l’Afrique contemporaine. Ensuite, l’originalité créative, en encourageant des artistes qui osent briser les codes esthétiques traditionnels et inventer de nouvelles écritures visuelles. Enfin, la visibilité internationale, car il est indispensable que ces récits portés par des femmes puissent circuler au-delà des frontières et atteindre des publics mondiaux.
Plus qu’une simple remise de trophée, le Prix Naomi Steuer agit comme un catalyseur de talents. En s’inscrivant dans la dynamique de Yamarou Photo, il participe à une démarche de professionnalisation des artistes et d’élargissement des opportunités. Pour les lauréates, cette distinction représente une reconnaissance symbolique forte, mais aussi un accès concret à des réseaux de diffusion, à des rencontres professionnelles et à des partenariats essentiels pour la pérennité d’une carrière. Elle renforce la légitimité, ouvre des portes et permet à des trajectoires parfois invisibilités de s’imposer dans l’espace public.
En honorant l’âme de Noemi Steuer, le prix rappelle une évidence trop souvent négligée : le regard féminin est indispensable à la construction de l’imagerie africaine. À travers l’objectif de ces femmes, c’est une Afrique plurielle qui se dessine, une Afrique intime et politique, fragile et résiliente, traversée par des contradictions mais portée par une créativité inépuisable. Le Prix Naomi Steuer n’est donc pas seulement une récompense : c’est un engagement, un serment renouvelé pour que la photographie féminine africaine continue de s’affirmer, avec force et authenticité, sur le continent et partout dans le monde.
Koumba Coulibaly



