Les Praticables 2025 : « Toguna, la machine sociale » : quand le théâtre interroge la ville intelligente

Au cœur de la 6ᵉ édition du Festival Les Praticables, un dialogue inédit s’est ouvert entre innovation urbaine et création artistique. À l’origine de cette rencontre : Sénamé Koffi Agbodjinou, architecte togolais et promoteur d’un projet de smart city à petite échelle qu’il développe actuellement au Togo. Connu pour son approche pragmatique et citoyenne de la ville du futur, il imagine des solutions technologiques ancrées dans les besoins réels des communautés. C’est cette vision que Les Praticables ont souhaité explorer, en l’associant au théâtre pour questionner la transformation digitale de l’espace urbain.

Il y a quelques mois, le festival a ainsi initié une résidence mêlant réflexion artistique et innovation technologique. L’objectif : étudier la possibilité de créer un laboratoire d’expérimentation, un Fab Lab, au cœur même du festival. Le lieu choisi n’a rien d’anodin : une rue du quartier accueillant l’événement, transformée pour l’occasion en antichambre technologique, un espace où la ville réelle rencontre la ville imaginée. L’ambition était claire : faire de cette rue un terrain de jeu, de test et de projection vers une future ville intelligente.

La particularité de ce laboratoire d’innovation réside dans son pilotage exclusivement féminin. Géré par l’Association des Femmes des Praticables, le Fab Lab affirme une prise de position forte : inscrire les femmes au centre des enjeux technologiques et des transformations urbaines. Ce choix symbolique et opérationnel montre que la construction de la ville de demain ne peut se penser sans celles qui la vivent, la traversent et la transforment au quotidien.

Le premier fruit de ce Fab Lab a été la conception d’un objet singulier : Toguna, une borne connectée en bois, à mi-chemin entre installation technologique et sculpture urbaine. Pensé comme un totem moderne, l’objet offre trois fonctionnalités essentielles : un point Wifi gratuit, la recharge d’appareils électroniques via un panneau solaire et la diffusion de contenus publicitaires sur écrans. Toguna incarne ainsi une idée simple mais puissante : une technologie utile, accessible et intégrée à l’espace public, née d’une initiative collective.

Initialement, Les Praticables n’avaient prévu que de présenter la borne au public. Mais très vite, l’équipe a senti le potentiel narratif de cet objet. Plutôt que d’en faire une simple démonstration technique, ils ont décidé de lui offrir une histoire. En seulement trois jours, grâce à un travail intense d’écriture, de réflexion et de répétition, est né le spectacle « Toguna, la machine sociale ». La pièce met en scène une petite famille dont les destinées se croisent autour de l’objet. Toguna devient alors bien plus qu’une borne : un catalyseur de relations humaines, un miroir des usages numériques, une métaphore de la place grandissante de la technologie dans nos liens sociaux.

Avec ce projet, Les Praticables réussissent un pari audacieux : montrer que la réflexion sur la ville intelligente ne relève pas seulement des urbanistes et des ingénieurs, mais peut aussi passer par le théâtre, l’imagination et la sensibilité artistique. « Toguna, la machine sociale » interroge ainsi notre rapport à la technologie et propose une vision où innovation et humanité avancent ensemble. Une voie que Sénamé Koffi Agbodjinou, comme le festival, entend continuer à explorer. 

Issouf Koné   

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