Invité de la Pirogue du Zemeba, le conteur et metteur en scène Hassane Kassi Kouyaté a partagé, le temps d’un après-midi sur le fleuve Niger, un récit de vie dense et inspirant. Entre mémoire familiale, parcours d’exil, entrepreneuriat et création artistique, l’homme de théâtre a offert aux jeunes présents bien plus qu’un témoignage : une véritable leçon de persévérance et de transmission.
Le fleuve Niger, le 5 mars dernier, s’est transformé le temps d’un après-midi en une scène de transmission culturelle. À bord de la Pirogue du Zéméba, artistes, jeunes créateurs et passionnés de culture ont rencontré Hassane Kassi Kouyaté, figure majeure de la culture africaine contemporaine, directeur du festival Les Francophonies – Des écritures à la scène.
Introduite par Lassine Koné, directeur artistique de Don Sen Folo Lab, la rencontre s’est rapidement muée en un moment d’intimité intellectuelle et artistique. Prenant la parole, Hassane Kassi Kouyaté a d’abord tenu à rendre hommage à sa famille, en particulier à son père, le célèbre acteur et homme de scène Sotigui Kouyaté. Bien plus qu’un simple acteur reconnu sur les scènes internationales, Sotigui Kouyaté était, selon son fils, un homme aux multiples dimensions : comédien, metteur en scène, musicien, mais aussi tradi-praticien, fin connaisseur des plantes et de la nature, donso-chasseur initié et même ancien footballeur.
À travers ces anecdotes, Hassane Kouyaté esquisse le portrait d’un père dont l’héritage dépasse largement le champ artistique. Il évoque également les trajectoires familiales marquées par le départ vers la France : d’abord son père, puis son frère aîné, le réalisateur Dani Kouyaté, avant que lui-même ne fasse le même chemin.
Des débuts difficiles
Mais son arrivée en Europe ne correspond pas au récit classique d’un artiste immédiatement consacré. Loin des projecteurs, Hassane Kouyaté raconte avoir commencé par des activités modestes, notamment en faisant la manche. Avec des amis, il s’est ensuite lancé dans la restauration en proposant des plats africains en France. Une aventure entrepreneuriale qui se poursuit encore aujourd’hui, puisqu’il possède actuellement des restaurants.
Ce détour par l’économie n’est pas anodin. Il rappelle que le parcours artistique n’est pas toujours linéaire, même pour ceux issus d’une famille d’artistes. Hassane Kouyaté souligne d’ailleurs qu’il n’était pas prédestiné à devenir conteur ou comédien. Formé en commerce international, il s’orientait initialement vers un tout autre horizon professionnel.

C’est presque par hasard qu’il commence à conter. Les débuts sont modestes : quelques récits pour 500 francs français. Mais la passion s’installe, le talent se confirme et le public répond présent. Des années plus tard, il lui arrive de percevoir plus de 30 000 euros pour une prestation de conte d’une heure et demie. Entre ces deux extrêmes se dessine un parcours fait de travail, de persévérance et d’apprentissage.
Aujourd’hui !
Aujourd’hui, Hassane Kassi Kouyaté est à la fois artiste, chef d’entreprise et directeur de festival. Installé entre plusieurs continents, il possède notamment un appartement à Paris et travaille sur des projets culturels à travers le monde, tout en restant profondément lié à l’Afrique de l’Ouest et particulièrement au Mali, au Burkina Faso même s’il revendique aussi sa nationalité française.
Malgré le poids d’un héritage prestigieux, il insiste sur un point : il n’a jamais pris de raccourcis. Si son père a collaboré avec le légendaire metteur en scène britannique Peter Brook, figure majeure du théâtre du XXe siècle, Hassane Kouyaté affirme avoir construit son propre chemin. Sa rencontre avec de grands noms du théâtre international s’est faite au fil du travail et des expériences, non par simple filiation comme beaucoup pourrait le colporter : « Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, je continuerai à remercier mon père Sotigui Kouyaté, ce grand monsieur qui nous a tout donné. » déclare-t-il tout ému. Cette exigence personnelle nourrit aujourd’hui son engagement dans la transmission.
À bord de la pirogue, il a longuement échangé avec les jeunes présents, partageant conseils et réflexions sur les métiers du spectacle vivant, la discipline artistique et la nécessité de développer une vision entrepreneuriale de la culture.
La présence d’Adama Traoré, comédien et metteur en scène respecté du théâtre africain, a donné une dimension supplémentaire à la rencontre. Prenant la parole, il a salué le parcours d’Hassane Kouyaté, tout en rappelant son respect constant envers les aînés et les collaborations passées avec son père Sotigui Kouyaté.
Au-delà du parcours impressionnant, la rencontre sur la Pirogue du Zéméba révèle surtout une figure singulière : celle d’un passeur. Entre tradition griotique, théâtre contemporain et entrepreneuriat culturel, Hassane Kassi Kouyaté incarne une génération d’artistes africains capables de naviguer entre plusieurs mondes sans renier leurs racines.



