Exposition Body Mapping : l’art donne voix aux déplacés internes au Musée du District de Bamako

Le vendredi 27 février dernier, le Musée du District de Bamako a accueilli un après-midi placée sous le signe de la justice sociale. Intitulée « Justice Sociale & Résilience des Personnes Déplacées Internes », cette rencontre, organisée par le comité International pour le Développement des Peuples, a réuni acteurs institutionnels, partenaires techniques et financiers, experts du secteur humanitaire et citoyens autour d’un objectif commun : redonner une voix à celles et ceux que les crises ont contraints au silence.

Dans un contexte national marqué par les déplacements internes liés à l’insécurité, la question de la justice sociale s’impose comme une exigence éthique et politique. Comme le rappelle le préambule de l’événement, une société juste est celle qui garantit à chaque individu sécurité, dignité, reconnaissance des droits et accès équitable aux opportunités. Mais au-delà des principes, comment rendre cette justice tangible pour les personnes déplacées internes ?

La réponse proposée par les organisateurs a pris une forme artistique et profondément humaine : le Body Mapping. Cette méthode expressive permet aux participants de représenter leur vécu à travers des silhouettes corporelles, mêlant dessins, mots, symboles et couleurs. Chaque œuvre exposée au musée racontait une trajectoire singulière, la perte d’un foyer, l’arrachement à une terre natale, la peur, mais aussi la résistance, l’espoir et la reconstruction : Etre déplacé, ce n’est pas seulement changer de lieu. C’est parfois perdre une famille, un statut social, un réseau, une sécurité, un sentiment d’appartenance » a déclaré Eveline Chevalier, directrice du CISP

L’événement a été rendu possible grâce à l’engagement opérationnel du CISP-Mali, en partenariat avec la Coopération suisse et avec l’appui de l’Ambassade du Royaume de Belgique. Ensemble, ils ont créé un espace sécurisé d’expression où femmes, hommes et jeunes déplacés ont pu partager leur histoire de manière anonyme, à l’abri du jugement et de la stigmatisation.

La cérémonie a débuté par un accueil des participants, suivi des discours d’ouverture qui ont souligné l’importance d’intégrer davantage la justice sociale dans les réponses apportées aux déplacements internes. Les interventions ont mis en lumière les défis persistants : accès aux services sociaux de base, inclusion économique, protection des droits fondamentaux et lutte contre les discriminations : « Les toiles présentées aujourd’hui ne sont pas de simples objets artistiques. Elles traduisent un cheminement intérieur, l’expression d’émotion, de forces qui se découvre pour se reconstruire. » a témoigné pour sa part son Excellence Arnaud Dusaucy, Ambassadeur du royaume de Belgique au Mali.

La séquence dédiée à « L’art comme outil de justice sociale », animée par l’équipe psychosociale du CISP a aussi marqué les esprits. Les intervenantes ont expliqué comment l’expression artistique facilite la libération de la parole, permet de traiter les traumatismes et contribue à restaurer l’estime de soi. Dans un pays où les blessures sont souvent tues, le dessin devient alors un langage alternatif, un acte de réparation symbolique.

La visite de l’exposition et les témoignages anonymes ont plongé les visiteurs dans une expérience immersive. Face aux silhouettes colorées, traversées de cicatrices dessinées et de phrases fortes, chacun était invité à s’arrêter, lire, ressentir. Certaines œuvres évoquaient la nostalgie d’un village abandonné ; d’autres affirmaient avec force une volonté de renaissance. Une phrase revenait comme un refrain silencieux : « Voici mon histoire. Elle compte. »

En clôture, un moment convivial autour d’un verre de l’amitié a permis de prolonger les échanges dans une atmosphère plus informelle. Mais au-delà de la convivialité, le message de la journée était clair : la justice sociale commence par l’écoute et la reconnaissance.

À travers cette initiative, le Musée du District de Bamako ne s’est pas contenté d’exposer des œuvres. Il s’est transformé en espace de dialogue et de réparation symbolique. En donnant visibilité à des récits souvent marginalisés, cette journée a rappelé que la résilience des personnes déplacées internes ne se limite pas à leur capacité à survivre. Elle réside aussi dans leur droit à être vues, entendues et reconnues comme des acteurs à part entière de la communauté nationale.

La rédaction

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