L’exposition les lieux du sacré, invite à la lenteur et à l’attention. Loin de toute exagération, elle propose une expérience intérieure presque intime, où l’observateur est convié à intégrer l’espace, à l’habiter plutôt qu’à le consommer. Ici, chez le plasticien Ibrahim Bemba Kébé qui en est l’auteur, le sacré ne se donne pas à voir frontalement : il se laisse approcher, se laisse deviner pour être mieux ressentir.
Artiste plasticien malien, Ibrahim Bemba Kébé à travers sa nouvelle proposition, inscrit sa pratique à la croisée de la peinture, de la sculpture et de l’installation textile. Quelque chose de pas nouveau chez l’artiste. Son travail, profondément ancré dans la matière, explore les notions de mémoire, de spiritualité et de transmission. Inspirée des traditions visuelles d’Afrique de l’Ouest, son écriture plastique se réinvente dans une forme contemporaine d’une sensibilité remarquable.
Ça travaille, ça reçoit, ça veille, ça écoute, ça tient… Avec cette exposition, Kébé a fait le choix quelque peu radical de l’absence de figure spécifique. Aucun récit explicite, aucune image imposée, mélange prolongé au-delà de l’exposition : cerveau, chèvres, parapluie, balance, béliers, oiseaux… A côté des tableaux, des titres brefs, tous composés de deux lettres. La matière est la même : Acrylique et fil coton sur toile de joute. Le sacré se manifeste autrement : par les textures, les volumes, les gestes répétés et la relation entre le plein et le vide. Les œuvres deviennent des seuils, des espaces de passage où le silence est un langage à part entière. Autant pour les tableaux que pour l’installation réalisé à partir de reste de téléphone.
Objets épurés, formes sobres et dispositifs minimalistes composent un ensemble qui évoque des lieux qu’on ne saisit pas, parfois intimes, parfois collectifs. Les œuvres ne livrent pas de réponses ; elles suggèrent, interrogent et laissent place à l’interprétation. Le spectateur est invité à une attention lente, à une écoute du regard, dans une expérience proche de la méditation.
Chez Ibrahim Bemba Kébé, le sacré n’est point dogmatique. Il se déploie dans la matière travaillée, retravaillé, re-retravaillé dans la répétition des gestes, dans la tension fragile entre présence et absence. Chaque œuvre devient un espace à habiter, un lieu où chacun peut projeter sa propre mémoire, ses croyances, ses doutes et ses questionnements.
Les Lieux du sacré propose ainsi un déplacement du regard : du visible vers le ressenti, de la figure vers la trace, du discours vers l’expérience. L’exposition rappelle que le sacré peut se draper de l’infime, dans l’ordinaire, dans ce qui échappe aux mots mais se perçoit profondément. Une proposition artistique sobre et puissante qui fait du silence un espace de sens.
Issouf Koné



