Le Fari Foni Waati qui célèbre cette année une décennie d’engagement artistique confirme sa place centrale dans le paysage chorégraphique africain. Entre laboratoires de créations intensifs, ouverture inédite à la dramaturgie, diversité des danseurs venus de plusieurs pays et nouvelles formes de transmission, le festival promet encore cette année. Pour en éclairer les enjeux et les spécificités, sa directrice, Kadidja Tiemanta, nous a accordé une interview.
Kone’xion Culture : La 10eme édition du Fari Foni Waati, nous y sommes. Pouvez-vous nous parler de cette première semaine dont l’intensité est déjà très remarquable ?
Kadidja Tiemanta : La première semaine du Fari Foni Wati, du 12 au 17, est consacrée aux laboratoires. Les danseurs sélectionnés y disposent d’un temps intensif d’échange, de recherche et de création autour de la pièce qu’ils présenteront durant les deux jours du festival. C’est un moment clé du processus : ils expérimentent, assemblent, confrontent leurs idées et construisent ensemble une œuvre collective.
Ce travail est encadré par des mentors venus d’horizons divers. Cette année, les danseurs sont accompagnés par les chorégraphes Noémie Fall et Ahlam El Morsli, ainsi que par Étienne Minoungou, dramaturge. Ensemble, ils croisent leurs regards chorégraphiques et dramaturgiques afin d’approfondir la construction des pièces.
Concernant les mentors, vous avez évoqué Etienne Minoungou qui vous l’avez rappelé est dramaturge. Pourquoi ce profil au lieu de miser que sur des chorégraphes comme d’habitude ?
C’est en effet la première fois que le Fari Foni Waati fait appel à un dramaturge pour diriger un laboratoire. Ce choix s’inscrit dans une volonté claire : reconnaître que toute création chorégraphique comporte une dimension dramaturgique. La danse ne se limite pas au mouvement ; elle dialogue avec la narration, l’espace, le rythme et parfois même avec une forme de cinématographie.
Inviter un dramaturge permet aux danseurs d’élargir leur réflexion artistique et de renforcer leur processus de professionnalisation. Il s’agit de leur offrir de nouveaux outils de lecture et de construction de leurs œuvres.
Tous les festivals n’atteignent pas dix ans d’existence. Avec le Fari Foni Waati, c’est fait ! Qu’est-ce qui fera la particularité de cette dixième édition ?
Cette 10ᵉ édition du Fari Foni Waati se distingue par plusieurs nouveautés : déjà, il y a l’intégration d’un dramaturge dans les laboratoires comme je l’ai déclaré, mais le format est aussi plus concentré. Cette année, le festival se déroule sur deux semaines au lieu de trois.
Autre temps fort : une cérémonie anniversaire marquant l’ouverture de la saison culturelle de BlonBa, prévue le 23 janvier. Des masterclass, inédites dans l’histoire du festival, seront également proposées afin d’ouvrir l’expérience à d’autres danseurs n’ayant pas participé aux laboratoires.
Les deux semaines inclus les deux jours du festival ?
Les deux semaines incluent effectivement les deux jours du festival. Cette réduction du temps s’explique par un contexte financier plus difficile que les années précédentes, notamment en matière de subventions et d’accompagnement. Ce choix s’est imposé comme une contrainte, mais aussi comme un défi artistique et organisationnel, assumé collectivement avec les danseurs et l’équipe.
Parlons un tout petit peu du profil des danseurs et de leur provenance. Comment la sélection s’est opérée et de quels horizons viennent-ils?
La sélection des participants s’est faite à la suite d’un appel à candidatures, sur la base des dossiers reçus. Plusieurs critères ont guidé le choix : équilibre géographique, parité de genre et limitation du nombre de participants par pays, afin de favoriser une réelle diversité.
Cette année, une vingtaine de danseurs participent aux laboratoires. La moitié vient du Mali. Les autres sont originaires de la Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Cameroun, du Togo, du Bénin, du Sénégal, ainsi que du Kenya…
Un petit bilan des dix ans ?
Je suis à la tête du festival depuis deux ans mais présente au Fari Foni Waati depuis 2018, d’abord comme danseuse, puis comme assistante à la direction artistique avant d’en prendre la direction générale. Je peux donc témoigner de l’évolution profonde du festival.
Le projet s’est renforcé en termes de structuration, d’ancrage territorial et de professionnalisation. Le festival a grandi en même temps que BlonBa, qui l’accueille depuis la première édition. Certains espaces du lieu n’étaient pas achevés à ses débuts ; aujourd’hui, plusieurs sont finalisés, accompagnant l’expansion du festival.
Le Fari Foni Waati a également contribué à l’émergence de nombreux artistes. Certains danseurs des premières éditions sont aujourd’hui chorégraphes, porteurs de leurs propres projets. Cette évolution constitue l’une des grandes fiertés du festival.
Comme beaucoup de structures culturelles, le Fari Foni Waati fait face à une baisse des financements et à un contexte national complexe. Les défis sont nombreux, mais la volonté demeure : continuer à accompagner les jeunes danseurs et chorégraphes, élever les standards de production et inscrire le festival parmi les grands rendez-vous chorégraphiques du continent africain.
Propos recueillis par Issouf Koné



