Du 4 au 14 décembre 2025, alors que son existence même semblait suspendue, le festival Les Praticables s’est tenu. Non par miracle, mais par nécessité, par devoir. Comme un souffle qu’on refuse de laisser s’éteindre.
À Bamako Coura, la scène n’était pas seulement scène. Elle fut rue, cour, respiration collective. Depuis 2017, Lamine Diarra y a planté une idée obstinée : faire de ce quartier un laboratoire vivant, où le théâtre dialogue avec la musique, où la technologie ne domine pas mais accompagne, où l’émotion circule librement, de corps en corps, où, pour paraphraser cette phrase du festival devenue, à la limite une marque, quelque chose se fait à partir de rien. Cette année encore, l’expérience a eu lieu. Contre les doutes. Contre les manques. Contre la fatigue.
La résilience n’a pas été proclamée, elle a été concrétisée. Elle s’est glissée dans chaque montage de scène, dans chaque répétition, dans chaque regard qui disait : on continue. Continuer quand les moyens vacillent. Continuer quand l’incertitude rôde. Continuer parce que s’arrêter serait déjà céder.
Le festival a commencé par « Moi, sur la colline », puissante pièce de théâtre rendu par Diarrah Dembélé et Kassim Dagnogo. Un premier geste, pour dire que l’art est encore là, disponible, prêt à accueillir. Puis, de jour en jour, Bamako Coura a retrouvé ce qu’il sait faire : devenir un espace d’hospitalité sensible. Les voix se sont élevées, les corps ont pris le risque de dire, de danser, de questionner : Snake, Ogutu et son armée de comédiens, Jeanne Diema et « ses filles », le trio de jeunes rappeurs du quartier, Christelle David et sa moto, les Doyens Habib Dembélé et Kari Bogoba, Lamine Diarra, Malick Dramé et sa troupe, Sénamé Koffi, le public n’est pas venu consommer, il est venu partager.
La résilience des Praticables, c’est aussi cette capacité à ne pas se refermer. À rester ouvert, traversé. À accueillir la musique comme une sœur du théâtre, la technologie comme une alliée possible, non comme un écran.
Cette édition qui s’est terminée sur un concert géant avec Young BG a fait vibrer la foule, rappelant que la joie aussi est une forme de résistance, et que célébrer n’est jamais futile quand tout pousse à se taire.
Les Praticables ne survit pas : il persiste. Il ne nie pas les fractures, il les affronte. Il ne promet pas des lendemains faciles, il offre des présents intenses. Dans un monde pressé de renoncer, le festival choisit de tenir. De rester debout.
Issouf Kone



