Ben Zabo et la « Fiesta Bwa » à la conquête des scènes estivales d’Espagne

En avril dernier, le public du Festival Hola Bamako a vécu un moment fort. Avec son groupe, Ben Zabo a offert un spectacle où les rythmes traditionnels du Mali se sont harmonieusement exprimés, dans une célébration de la culture Bwa à la fois moderne, festive et profondément enracinée. Séduit par la qualité artistique de l’artiste, le jury du concours Vis-à-Vis organisé par Casa Africa, l’a sélectionné, lui et l’artiste Virginie Dembélé, pour représenter le Mali en Espagne. Une nouvelle consécration pour cet artiste dont la carrière s’est construite avec patience, exigence et fidélité à ses racines.

Nombreux sont les festivals qui accueilleront successivement celui que beaucoup surnomment le Guerrier du Bwatun. À travers ces différentes scènes, Ben Zabo entend partager bien plus qu’un concert. Il propose une immersion dans l’univers culturel des Bwa, peuple du Mali dont il revendique fièrement l’héritage. Son ambition est claire : faire découvrir au public espagnol une musique qui rassemble, qui dialogue avec les cultures du monde et qui rappelle que les traditions africaines sont des patrimoines vivants, capables de séduire bien au-delà de leurs frontières d’origine.

Né Arouna Moussa Coulibaly, le 24 janvier 1979 à Tominian, dans la région de Ségou, Ben Zabo grandit au sein d’une famille noble de la communauté Bwa. Très tôt, il développe une fascination pour la musique, alors même que son entourage nourrit pour lui d’autres ambitions. Ses parents le voient pharmacien. Lui rêve déjà de mélodies, de guitares et de scènes.

À seulement quatorze ans, il franchit un premier cap décisif en devenant l’élève de François Koita, chef d’orchestre de la Bwa Band de Tominian. Pendant plusieurs années, il apprend les subtilités des rythmes traditionnels, affine son jeu de guitare et construit les bases de ce qui deviendra plus tard sa signature artistique. Cette période d’apprentissage, qui se poursuit jusqu’à la fin de ses études secondaires à Sikasso en 1999, forge autant le musicien que l’homme.

Comme beaucoup de jeunes Maliens, il rejoint ensuite Bamako pour poursuivre des études supérieures. Fidèle au souhait de sa famille, il s’inscrit en pharmacologie. Mais la musique refuse de le quitter. Dès 2000, il intègre le groupe Coumba de Binke avec lequel il sillonne plusieurs scènes pendant près de deux années. Cette expérience lui permet d’acquérir une solide maîtrise de la scène et de se faire progressivement un nom dans le paysage musical bamakois.

La musique, plus une passion une profession.

En 2006, Ben Zabo décide de renforcer sa formation en intégrant le Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia de Bamako. Pendant cinq ans, il approfondit ses connaissances musicales et obtient un diplôme d’études supérieures. Cette formation académique vient compléter un talent déjà nourri par des années de pratique et d’expériences sur scène.

Mais Ben Zabo ne limite pas son univers au chant et à la guitare. Curieux et perfectionniste, il se spécialise également dans les techniques du son. Cette compétence lui ouvre les portes du prestigieux Studio Bogolan de Bamako où, depuis 2007, il travaille comme assistant ingénieur du son. Dans ce haut lieu de la création musicale malienne, il participe à des productions impliquant des artistes majeurs tels qu’Ali Farka Touré, Salif Keita, Vieux Farka Touré ou encore Tamikrest. Une immersion quotidienne dans l’excellence qui nourrit encore davantage sa vision artistique.

Le destin lui réserve alors une rencontre déterminante. Au Studio Bogolan, il croise Peter Weber, responsable du label allemand Glitterhouse Records. Séduit par l’originalité de sa musique, celui-ci décide de l’accompagner vers une carrière internationale. L’aventure prend forme avec l’enregistrement de son premier album, produit par Chris Eckman. Sorti en 2012 sous le label Glitterhouse Records, cet opus éponyme révèle Ben Zabo au public européen et confirme son statut d’artiste singulier.

Un style affirmé

Son afrobeat puise autant dans les traditions musicales des Bwa que dans les influences mandingues, funk et soul. Ses compositions sont traversées par les percussions du Mali, les guitares électriques, les chants en langues nationales et une énergie scénique qui transforme chacun de ses concerts en véritable fête populaire.

Ce qui distingue Ben Zabo, c’est cette capacité rare à faire dialoguer patrimoine et modernité. Loin de figer la tradition, il lui donne un souffle nouveau, sans jamais trahir son essence. Chaque morceau raconte une histoire, transmet une valeur ou rappelle l’importance des racines dans un monde en perpétuelle évolution.

À quelques jours de son départ pour l’Espagne, cette nouvelle tournée apparaît comme une étape importante dans son parcours. Plus qu’une succession de concerts, elle constitue une nouvelle mission culturelle : porter la voix des Bwa, faire rayonner les sonorités du Mali et montrer que les musiques africaines continuent de séduire les scènes internationales par leur authenticité, leur créativité et leur puissance émotionnelle.

Ben Zabo ne voyage pas seulement avec une guitare et un groupe de musiciens. Il embarque avec lui toute une mémoire, une identité et une culture qu’il fait vivre avec une générosité communicative. Sur chaque scène, il rappelle que la musique est un langage universel, capable d’effacer les frontières et de rapprocher les peuples.

Issouf Koné

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