Soutenances : dix spectacles de théâtre portés par les étudiants au Conservatoire Balla Fasséké 

Au Conservatoire national des Arts et Métiers Multimédias Balla Fasséké Kouyaté de Bamako, les étudiants de la section Théâtre ont présenté, le lundi 18 mai 2026, dix spectacles de fin d’études devant un large public. Ces représentations s’inscrivent dans le cadre des soutenances de licence professionnelle des impétrants.

À travers de véritables performances, les étudiants ont proposé des interprétations scéniques d’œuvres d’auteurs africains, britanniques et français. Chaque mise en scène, chaque décor et chaque choix artistique traduisaient l’univers créatif et la sensibilité de l’interprète.

La première à monter sur scène, Mariam Konaté, a livré une prestation intense dans « 4h48 Psychose » de la dramaturge britannique Sarah Kane. Cette œuvre aborde le drame silencieux de la dépression. Selon l’étudiante, cette interprétation est une manière d’évoquer une réalité profondément présente dans les sociétés contemporaines, tout en rendant hommage à l’auteure, disparue après avoir longtemps dénoncé ce mal-être dans ses écrits.

Elle a été suivie par Assita Koné, seule candidate à avoir choisi le conte comme forme d’expression artistique. Dans un accoutrement traditionnel, l’impétrante a revisité « Les Deux Amis » d’Assitan Tangara. À travers cette œuvre inspirée de l’oralité africaine, fondement du théâtre traditionnel, elle a transmis une leçon de morale mettant en avant les valeurs de solidarité et de fraternité dans les sociétés africaines.

De son côté, Maïmouna Koné s’est transformée en personnage énergique dans « Rupture » du dramaturge ivoirien Vagba Abou de Sale. Cette pièce à deux personnages met en lumière les réalités difficiles du métier d’artiste et l’incompréhension parfois présente dans les relations amoureuses face aux exigences de la vie artistique. Pour l’étudiante, cette œuvre constitue également une préparation psychologique au milieu professionnel dans lequel elle s’engage déjà.

Dans une entrée marquée par des rafales de fusil et des cris de « Allahou Akbar », « République de fusils » de Silex Maïga a ensuite investi la scène à travers l’interprétation d’Alou Traoré. Cette fiction présente un univers où le détenteur d’armes devient symbole de pouvoir et d’autorité, tandis que le diplôme perd toute valeur. La pièce rappelle toutefois que les armes ne garantissent ni la paix ni la stabilité et invite à privilégier le dialogue et l’entente sociale.

La dignité et la grandeur d’esprit ont également marqué la prestation d’Ousmane Coulibaly dans « Dollars » du dramaturge burkinabè Noël Minoungou. L’œuvre décrit le pouvoir destructeur de l’argent et l’illusion du luxe. L’acteur y incarne un homme intègre refusant de vendre un drapeau reçu en héritage, malgré des propositions financières exorbitantes. À travers cette histoire, la pièce célèbre le patriotisme et la citoyenneté.

Autre moment fort des spectacles, Fatoumata Coucou Camara a interprété « Cousu-main, coups humains » de Jeanne Diama. Durant quinze minutes d’une forte intensité émotionnelle, l’actrice, incarnant le personnage d’Anna, raconte les violences subies et la détresse psychologique qui en découle. Dans une robe jaune symbolisant l’innocence, elle plonge le public dans la souffrance des femmes victimes de violences. Pour l’étudiante, cette pièce est « un espace d’expression pour faire ressentir ce que vivent les femmes au quotidien ».

Avec « Moi Salif  » de l’auteur malien Adama Traoré, Balla Moussa Traoré a livré une performance centrée sur le drame de l’immigration clandestine. Le décor, composé de bois, de fils rouges et d’inscriptions signalant le danger, représentait un centre de rétention en France plutôt qu’un enclos africain. L’histoire suit deux jeunes migrants arrêtés à Paris. Salif, désespéré par l’échec de son rêve européen, tente de mettre fin à ses jours avant d’en être empêché par son codétenu. À travers chants, acrobaties et expressions corporelles, l’acteur a incarné la désillusion de nombreux jeunes africains confrontés aux réalités migratoires.

La condition féminine a également été abordée par Achatou Kouyaté avec « J’ai toujours voulu bien faire» de la Française Claire Boss-Platel. Entre danse contemporaine et jeu dramatique, l’œuvre évoque la résilience des femmes face aux violences conjugales, aux humiliations et aux injustices. Dans un décor entièrement blanc, l’impétrante s’est voulu une voix de révolte contre les souffrances vécues par de nombreuses femmes dans leur foyer.

Habillé en tenue militaire sahélienne, Bourahima Dembélé a interprété « 713e Compagnie » du dramaturge malien Abdoulaye Magané. La pièce retrace les événements de 2012 dans le nord du Mali, notamment autour d’Aguel-Hoc et Kidal, et rend hommage aux forces armées maliennes. À travers le personnage du commandant Bad, l’œuvre revisite les heures sombres du conflit sécuritaire au Sahel tout en faisant écho à l’actualité.

Enfin, Awa Z. Coulibaly a clôturé les prestations avec « Hashtag Me Too » de Pehe Yolande. Dans le rôle d’une gérante de bar confrontée aux jugements et aux violences verbales, l’actrice a dénoncé les stéréotypes visant les femmes à travers leur apparence et leur profession. Entre colère, vulnérabilité et révolte, la pièce met en lumière la frontière souvent floue entre l’image sociale et la réalité personnelle des femmes.

Dans leur ensemble, ces dix créations ont offert une démonstration remarquable du potentiel artistique des étudiants du Conservatoire Balla Fasséké Kouyaté. Entre engagement social, créativité scénique et maîtrise du jeu dramatique, les impétrants ont confirmé leur capacité à porter le théâtre comme espace de réflexion sur les réalités contemporaines.

« Si la création se limitait à l’idée de la création, il n’y aurait jamais de création », rappelle la devise de l’établissement, parfaitement illustrée par ces différentes prestations.

Présent lors des soutenances, le comédien, acteur et enseignant-chercheur Abdoulaye Magané a salué le travail des étudiants : « Qu’ils continuent à créer et à interpréter les réalités de notre société. Je suis convaincu qu’ils deviendront des comédiens à la hauteur de leur talent s’ils font du spectacle vivant un véritable métier. »

Boubacar Sangaré

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