La Promotion Adama Traoré d’Anw Jigi Art, une nouvelle génération pour le théâtre malien !

Après trois années de formation, la compagnie Anw Jigi Art a célébré la sortie de la première promotion du programme Doni Blon, baptisée « Promotion Adama Traoré ». Une cérémonie qui a surtout révélé le fruit d’un travail autour de l’écriture dramatique, du jeu d’acteur et de la création artistique de manière générale. À travers cette promotion, ce sont des auteurs, des comédiens et des entrepreneurs qui prennent désormais leur place dans le paysage culturel malien.

Le samedi 5 septembre 2026 restera comme une date importante dans l’histoire de la compagnie Anw Jigi Art. À l’espace Happy Théâtre de Dialakorodji, la structure a célébré la sortie de la première promotion du programme Doni Blon « le grand vestibule du savoir », consacrée à la formation et à l’accompagnement de jeunes dans plusieurs domaines artistiques et professionnels. Baptisée « Promotion Adama Traoré », cette première cohorte est l’aboutissement de trois années de formation. La cérémonie, qui a réuni des acteurs du monde culturel et plusieurs figures emblématiques du théâtre malien, a été rythmée par la remise des attestations, des distinctions et surtout par une restitution artistique qui a donné à voir le travail accompli par les bénéficiaires.

L’une des particularités de cette promotion est l’importance accordée à l’écriture dramatique. Dans un environnement théâtral où l’on parle souvent davantage des comédiens et des spectacles, Anw Jigi Art a fait le choix de placer les auteurs au cœur du dispositif. La Promotion Adama Traoré s’est particulièrement distinguée par son travail d’écriture, matérialisé par la production de deux tomes. Le premier rassemble les textes de cinq auteurs, tandis que le deuxième réunit sept auteurs, dont les œuvres témoignent d’un apprentissage progressivement transformé en matière artistique. Ces jeunes ont bénéficié de plusieurs sessions de formation au Mali et au Burkina Faso. Ces expériences leur ont permis de se confronter à différentes approches de l’écriture théâtrale, d’affiner leur regard sur leur environnement et de transformer leurs idées en véritables œuvres destinées à la scène : « C’est un immense honneur pour nous en tant qu’apprenants », déclare Modibo Traoré, auteur qui empoche un billet d’avion pour une destination de son choix en cas d’opportunité.

Les plumes de Doni Blon, œuvre collective produite dans le cadre du programme

Les textes produits ont franchi une étape essentielle : ils ont été mis en scène et présentés au public dans le cadre du programme Doni Blon. Cette articulation entre écriture et représentation constitue l’un des grands mérites du programme. L’auteur n’est plus seulement celui qui écrit un texte destiné à rester sur papier. Son œuvre devient matière vivante, portée par des comédiens, confrontée au regard du public et enrichie par le travail de mise en scène.

Vingt-deux jeunes comédiens pour donner vie aux textes

Derrière les auteurs, il y a les interprètes. La Promotion Adama Traoré compte 22 jeunes comédiens et comédiennes, formés eux aussi dans le cadre du programme Doni Blon. Pour nombre d’entre eux, cette expérience représente une véritable entrée dans le monde du théâtre. Certains n’avaient jamais fréquenté une école d’art ou suivi une formation professionnelle de la scène avant de rejoindre le programme. Durant trois années, ils ont ainsi été initiés et perfectionnés dans le jeu d’acteur, la mise en scène et les différentes exigences du travail théâtral. Leur parcours illustre la nécessité de créer des espaces accessibles de formation artistique, particulièrement pour les jeunes qui disposent du talent et de la motivation mais qui n’ont pas toujours les moyens d’intégrer les circuits classiques de formation.

La progression de certains participants est d’ailleurs particulièrement significative. Grâce à la formation reçue et à leur détermination, certains ont réussi le concours d’entrée au Conservatoire des Arts et Métiers Multimédia Balla Fasséké Kouyaté. C’est le cas de Kadidiatou Koné qui a profité pour exprimer sa gratitude à Anw Jigi Art. La scène du Happy Théâtre a ainsi constitué davantage qu’un simple lieu de clôture. Elle a été l’espace où les jeunes ont pu démontrer ce qu’ils avaient appris, mais aussi montrer qu’ils sont désormais capables de porter des œuvres devant un public.

Une restitution à la hauteur du parcours

Le moment le plus attendu de la cérémonie a été sans doute celui de la restitution. Après trois années de travail, les jeunes artistes étaient appelés à montrer concrètement le résultat de leur apprentissage. La soirée s’est achevée avec plusieurs représentations, parmi lesquelles « Sahel Bus », une création collective de la première cohorte, ainsi que trois autres pièces issues du travail réalisé dans le cadre de Doni Blon. La restitution a permis de mesurer le chemin parcouru par les participants et de constater que les textes écrits durant le programme pouvaient trouver sur scène une véritable force.

À travers les différents spectacles, les auteurs ont vu leurs mots prendre corps, tandis que les comédiens ont donné voix et mouvement aux univers imaginés. La réussite de cette restitution tient aussi au fait qu’elle ne s’est pas limitée à présenter des exercices de formation. Elle a donné naissance à de véritables propositions artistiques, avec des jeunes capables de défendre leur travail devant le public.

Adama Traoré, un nom chargé de sens

Le choix du nom Adama Traoré pour baptiser cette première promotion n’est pas anodin. Figure importante du théâtre malien, Adama Traoré entretient depuis longtemps des liens avec Anw Jigi Art. Pour Assitan Tangara, fondatrice de la compagnie, ce choix est directement lié à la confiance que le dramaturge et metteur en scène a accordée à la structure dès ses débuts. « Depuis les premières heures de la création d’Anw Jigi Art, Adama a cru en nous et en ce que nous faisons », a-t-elle souligné.

Le nom donné à cette promotion apparaît ainsi comme une marque de reconnaissance, mais aussi comme une manière de transmettre un héritage. En choisissant de placer ces jeunes sous le signe d’une grande figure du théâtre malien, Anw Jigi Art inscrit leur parcours dans une histoire plus large, celle d’un théâtre qui se renouvelle en s’appuyant sur la transmission.

M. Adama Traoré, homme de théâtre dont la promotion porte le nom

Adama Traoré, pour sa part, n’a pas caché sa fierté. Il a remercié Assitan Tangara pour l’honneur qui lui a été fait et a encouragé les jeunes à redoubler d’efforts pour la suite. S’adressant aux lauréats, il leur a également souhaité une carrière « plus glorieuse, plus grande et plus riche » que la sienne. Des paroles qui prennent une dimension particulière au moment où une nouvelle génération s’apprête à faire ses premiers pas professionnels.

Au-delà du théâtre, former pour entreprendre

Le programme Doni Blon ne s’est toutefois pas limité aux métiers de la scène. Sept entrepreneurs ont également bénéficié de formations dans différents domaines, notamment la couture et la savonnerie. Des attestations leur ont été remises au cours de la cérémonie, accompagnées d’outils de travail destinés à faciliter la poursuite de leurs activités. Cette dimension entrepreneuriale donne au programme une portée plus large. Il ne s’agit pas uniquement de former des artistes, mais aussi de permettre à des jeunes, notamment des femmes, d’acquérir des compétences susceptibles de leur offrir des possibilités d’autonomie et d’insertion professionnelle.

Avec ses auteurs, ses 22 comédiens et comédiennes, ses entrepreneurs et la richesse de sa restitution, la Promotion Adama Traoré démontre qu’investir dans la formation artistique, c’est aussi investir dans l’avenir du théâtre malien. Et si la cérémonie de sortie a marqué la fin de trois années de formation, elle pourrait bien être le début d’une aventure beaucoup plus longue pour cette nouvelle génération.

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