À 24 ans, Abdoul Karim Coulibaly, dit AKC, s’est imposé sur les réseaux sociaux grâce à des vidéos mêlant humour, culture et récits du quotidien. Dans son petit laboratoire de création, il cultive l’originalité et défend un usage responsable du numérique, dans un cyberespace malien confronté à de nombreuses dérives.
Smartphone en main, souvent face à sa caméra, Abdoul Karim Coulibaly recommence une phrase, ajuste son discours, puis relance l’enregistrement. Les mots se reprennent, les séquences s’enchaînent et le stress du tournage se fait parfois sentir. Ici, chaque détail compte. Dans ce petit espace devenu son laboratoire de création, AKC travaille à donner vie à ses idées, avec une ambition : produire des vidéos originales, capables de divertir tout en racontant la société malienne.
Destiné initialement à une carrière dans l’ingénierie, le jeune homme a finalement trouvé sa voie dans la création de contenu numérique. Il privilégie notamment le bamanankan, langue largement parlée au Mali, pour toucher son public au plus près de ses réalités.
Son choix semble porter ses fruits. Selon les chiffres qu’il communique, AKC rassemble plus de 824 000 abonnés et 11 millions de « J’aime » sur TikTok, 116 000 abonnés sur Facebook, 76 000 sur YouTube et 72 000 sur Snapchat. Des chiffres qui témoignent de l’audience qu’il a construite sur plusieurs plateformes. « Depuis sa vidéo sur les universités au Mali, je le suis. Il est trop drôle et je le trouve assez original », confie Issa, un utilisateur des réseaux sociaux.
Des histoires ancrées dans le quotidien
Après le podcast, AKC explore des sujets variés : circulation routière, Ramadan, rap malien, football, actualité, culture ou encore histoires d’horreur. « Je ne veux pas me limiter à une seule thématique. Ce qui m’intéresse surtout, c’est de raconter des histoires, créer des concepts et proposer des contenus qui peuvent divertir tout en parlant de notre quotidien », explique-t-il.
Dans son récit consacré aux fantômes de Mopti, sa narration plonge certains internautes dans un univers familier. « Je suis de Mopti, tu m’as renvoyé chez moi. Je me sens vraiment dans cette histoire », témoigne un abonné. Avec ses vidéos sur les universités publiques maliennes, AKC adopte un autre registre. Par l’humour, il met en scène les comportements estudiantins et évoque la précarité, les conditions de vie et les difficultés rencontrées sur les campus.
Conscient du poids de son audience, le jeune créateur estime que cette activité reste sous-estimée au Mali. « Un jeune qui possède une compétence peut potentiellement toucher un public bien plus large qu’auparavant simplement grâce à son téléphone et à Internet », souligne-t-il. Mais cette liberté implique aussi des responsabilités. Dans un espace numérique où les dérives peuvent rapidement prendre de l’ampleur, AKC plaide pour un usage conscient des réseaux sociaux. Pour lui, créer ne consiste pas seulement à accumuler des vues : c’est aussi raconter, transmettre et divertir sans perdre de vue l’impact de ses contenus.
Aboubacar Sangaré



