Yamarou Photo : retour sur la Master Class « Art et femmes »

Les 200 ans de la photographie sont aussi une occasion de regarder dans le rétroviseur, de retrouver des initiatives qui ont marqué la vie photographique au Mali et de rappeler les belles expériences qui ont contribué à faire grandir les acteurs de l’image. Parmi elles figure la Master Class internationale organisée en 2024 par Yamarou Photo, une initiative consacrée à la formation et à l’autonomisation des femmes photographes.

Deux ans après cette expérience, cette célébration du bicentenaire de la photographie offre ainsi l’occasion de faire revivre un moment particulièrement fort de cette Master Class : sa dernière journée, consacrée au thème « Femme et art », autour d’un panel organisé au siège d’Agansi, à Ntomikorobougou.

Cette Master Class avait réuni dix photographes venues de plusieurs pays africains, avec l’ambition de renforcer leurs connaissances, leurs compétences et leur capacité à construire une carrière dans le secteur de l’image. Pendant toute la semaine, les participantes avaient exploré différents univers en lien avec leur pratique : photographie et presse, photographie et mode, photographie et cinéma, photographie et théâtre, avant de terminer par une réflexion sur la place des femmes dans l’art.

Pour Chab Touré, paneliste et modérateur tout au long de la semaine, ce dernier thème avait une dimension particulière. « Ce thème, à l’opposé des autres, est assez unique. Nous avons voulu qu’elles rencontrent des femmes qui pouvaient partager leurs expériences artistiques avec elles », expliquait-il alors.

Deux parcours, deux sources d’inspiration

Le choix du lieu et des intervenantes donnait tout son sens à cette dernière rencontre. Au siège d’Agansi, les participantes ont échangé avec Massira Touré, promotrice de cette plateforme dédiée à la production, à la diffusion, à la commercialisation, à la distribution et à la conservation des œuvres et des créateurs d’art, et Aissata Namoko, fondatrice de Djiguiyaso.

Toutes deux ont partagé des parcours différents, mais porteurs d’enseignements communs : la nécessité de se former, de croire en son potentiel et de transformer ses compétences en véritables opportunités professionnelles.

Aissata Namoko est notamment revenue sur son parcours dans le secteur du textile et sur l’histoire de Djiguiyaso, une coopérative engagée depuis 1994 dans l’accompagnement des femmes vers l’autonomie économique. Avec plus d’une centaine de membres, majoritairement des femmes, la structure travaille notamment autour du coton biologique produit localement, du bogolan et de différentes techniques artisanales.

Son centre de formation transmet également des savoir-faire tels que la couture, la coupe, le filage traditionnel du coton et les techniques de teinture naturelle. Un savoir-faire exigeant qui repose sur la précision, la patience et la maîtrise des gestes.

De son côté, Massira Touré a partagé son propre parcours, de ses études au Conservatoire national des arts et métiers multimédia Balla Fasséké et à la faculté de lettres de l’Université de Bamako jusqu’à son expérience aux États-Unis, où elle a notamment renforcé sa maîtrise de l’anglais et sa connaissance du marché de l’art.

À travers Agansi, elle poursuit aujourd’hui un travail de valorisation des pratiques artistiques et accompagne d’importants projets dans le domaine de la création.

Devenir photographe, mais aussi entrepreneure

Au-delà des récits personnels, la rencontre avait surtout une vocation pratique. Les jeunes photographes ont pu échanger sur la manière de gérer une carrière, de développer leurs aptitudes, d’adopter les bonnes attitudes professionnelles et de créer des opportunités.

« En tant que photographe, elles peuvent travailler pour elles-mêmes comme entrepreneures, mais également pour des structures. Ce contact avec ces professionnelles peut booster leur créativité, mais également donner naissance à des opportunités de collaboration », soulignait Chab Touré.

Cette idée résumait l’un des enjeux de la Master Class : permettre aux participantes de considérer la photographie non seulement comme une pratique artistique, mais aussi comme un métier, une activité économique et un espace d’entrepreneuriat.

« Voir plus loin que là où ma vision se limitait »

Pour Theju Myra Agbotan, participante venue du Bénin, le choix de deux femmes comme intervenantes pour ce dernier échange avait constitué une source particulière de motivation.

« Grâce à cette Master Class, j’ai pu voir plus loin que là où ma vision se limitait », témoignait-elle, appréciant les expériences partagées et les encouragements reçus. Elle ajoutait toutefois une nuance essentielle : « La photographie reste universelle, ce n’est pas une question d’hommes ou de femmes. »

Cette phrase garde aujourd’hui toute sa pertinence. Car si cette Master Class avait choisi de mettre l’accent sur les femmes, son ambition était surtout de leur donner davantage de moyens pour prendre leur place dans un secteur où la créativité, le talent et le professionnalisme doivent pouvoir s’exprimer pleinement.

Un souvenir qui mérite d’être revisité

En cette année où la photographie célèbre ses 200 ans, revenir sur cette initiative de Yamarou Photo, organisée en 2024, permet de mesurer le chemin parcouru et de rappeler l’importance de ces espaces de transmission.

La Master Class aura laissé aux participantes bien plus que des connaissances techniques. Elles y ont trouvé des expériences à écouter, des parcours à découvrir, des contacts à développer et, surtout, une confiance nouvelle dans leurs propres capacités.

Honnêteté, foi en soi, courage, détermination, formation et réseautage auront été parmi les mots forts de cette expérience.

Deux ans après, le souvenir de cette journée à Agansi demeure ainsi comme une belle illustration de ce que peut produire la photographie lorsqu’elle devient un espace de formation, de rencontre, d’émancipation et de construction de nouvelles trajectoires.

À travers ce retour en arrière, Yamarou Photo rappelle aussi que célébrer l’histoire de la photographie, c’est célébrer celles et ceux qui, à leur manière, contribuent à écrire son présent et son avenir au Mali et en Afrique.

Issouf Koné

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