Grand Slam National du Mali 2026 : les violences basées sur le genre au cœur de l’édition 

Pour sa cinquième édition, organisée par Art Academy, le Grand Slam National du Mali a placé la lutte contre les violences basées sur le genre au cœur de sa programmation. Du panel « Slam & Meet » aux spectacles engagés, en passant par un café littéraire autour de l’ouvrage « En toute sororité » de Dr Fatou Sanogo, les mots se sont imposés comme des outils de sensibilisation, de dialogue et de prise de conscience.

Organisé par Art Academy, avec pour délégué général de cette édition le slameur Saccharose Buccal, le Forum national du Mali a réuni artistes, acteurs culturels, partenaires et public autour d’une question sociale majeure : les violences basées sur le genre. Un « Slam and meet » sur le sujet a donné le coup d’envoi à l’Espace Le Fil, au quartier du fleuve. Plusieurs jours d’activités mêlant création, réflexion et transmission ont suivis.

Au-delà des performances poétiques, cette édition a voulu faire du slam un espace de sensibilisation, capable de briser les silences, de déconstruire les préjugés et d’encourager une mobilisation collective contre les violences.

« Slam & Meet » : comprendre les violences pour mieux les combattre

Moment central de cette édition, le panel « Slam & Meet » a réuni Dr Fatou Sanogo, Black Dove et Djelika Traoré autour des différentes manifestations des violences basées sur le genre et du rôle que peut jouer l’art dans leur prévention.

Pour Dr Fatou Sanogo, le slam est indissociable de l’éducation et de la liberté. Elle rappelle que les violences peuvent être physiques, économiques, sociales ou sexuelles, et se produire aussi bien dans l’espace privé que dans l’espace public. L’excision et le mariage précoce figurent parmi les exemples évoqués. Mais l’un des problèmes majeurs reste leur banalisation : certaines violences sont minimisées, parfois parce qu’elles sont intégrées aux habitudes ou insuffisamment reconnues par l’entourage.

Face à cette réalité, l’intervenante invite chacun à se mettre à la place de l’autre et à éviter de juger les expériences vécues à partir de sa propre situation. Elle souligne également que l’art peut devenir un puissant vecteur de sensibilisation. Toutefois, la prise de conscience doit s’accompagner de mécanismes de soutien, de prise en charge et de réintégration communautaire pour les personnes victimes de violences.

Black Dove a, pour sa part, rappelé que les violences basées sur le genre ne touchent pas uniquement les femmes. Elle a également mis en avant l’informatique comme un moyen de contribuer à cette lutte, ouvrant la réflexion sur les possibilités offertes par les outils numériques en matière d’information et de sensibilisation.

Djelika Traoré a insisté sur la difficulté que certaines personnes éprouvent à comprendre les violences basées sur le genre. Pour elle, le slam constitue une voie essentielle pour rendre ces réalités plus accessibles. Par la force des récits, des images et des émotions, la poésie peut interpeller les consciences et ouvrir des discussions parfois difficiles à engager autrement.

CP : Al-fousseni Konate

Saccharose Buccal : une responsabilité qui concerne toute la société

Pour Saccharose Buccal, la lutte contre les violences ne doit pas être enfermée dans une opposition entre femmes, hommes et enfants. Elle relève avant tout d’une responsabilité humaine collective. Même lorsque les ressources sont limitées, chacun peut contribuer à faire évoluer les mentalités, notamment en refusant de minimiser les violences et en encourageant la libération de la parole.

« Au commencement était la parole », rappelle-t-il, soulignant l’importance de parler, d’écouter et de sensibiliser. Cette conviction rejoint l’esprit du Grand Slam : faire des mots un point de départ pour questionner les comportements et susciter l’engagement.

Pour autant, la parole artistique ne saurait remplacer les dispositifs de protection et d’accompagnement. Elle peut plutôt contribuer à créer un environnement dans lequel les violences sont mieux comprises, davantage dénoncées et moins facilement tolérées.

De la littérature à la scène, une même volonté de sensibiliser

La réflexion s’est prolongée au-delà du panel. À l’Institut français du Mali, un café littéraire consacré à l’ouvrage En toute sororité de Dr Fatou Sanogo a réuni des lecteurs autour de la lutte contre les violences basées sur le genre et de la protection des jeunes filles. Les échanges ont illustré la complémentarité entre littérature et slam : deux formes d’expression qui permettent de raconter les expériences, de questionner les normes sociales et de faire circuler des idées.

Le public a également découvert le spectacle SHEGUEY, présenté par Symphonie-Poétesse Nimba au Kuma Sô Théâtre. En parallèle, cette dernière a animé un atelier à l’École du slam de Jeuness’Arts, offrant aux futurs slameurs un moment de partage et de transmission. Une manière de rappeler que l’avenir de cette discipline passe aussi par l’accompagnement des nouvelles générations.

cp : Al-fousseni Konate

L’apothéose de cette cinquième édition a été marquée par le spectacle Les violences d’une vie de femmes, porté par Art Academy du Mali et Oratio de Guinée, sur une mise en scène de Diarrah Dembele. Les slameuses y ont abordé cette thématique avec une finesse artistique saluée par les organisateurs. La scène est ainsi devenue un espace où les réalités sociales peuvent être exprimées autrement, suscitant l’émotion et invitant le public à réfléchir.

Des mots à l’engagement, le défi de la continuité

À travers ses panels, ses rencontres littéraires, ses ateliers et ses spectacles, le Grand Slam National du Mali 2026 a défendu une conception engagée de la création artistique. Le slam n’y apparaît pas seulement comme une discipline de performance, mais comme un moyen de faire émerger des questions essentielles et de favoriser le dialogue autour des violences basées sur le genre.

Les échanges ont rappelé que combattre ces violences suppose de les reconnaître sous toutes leurs formes, de refuser leur banalisation et de mettre en place des mécanismes d’accompagnement adaptés. L’art peut contribuer à cette dynamique en donnant une voix aux expériences et en invitant chacun à interroger ses propres perceptions.

Organisée par Art Academy, cette cinquième édition aura ainsi placé la parole au centre d’une ambition collective : sensibiliser pour mieux comprendre, comprendre pour mieux agir.

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