« Le Mois du Tourisme » une ambition légitime face à un défi de mise en œuvre

Le lancement du Mois du Tourisme constitue, à bien des égards, une initiative ambitieuse et pertinente. En mettant l’accent sur le tourisme interne à travers le thème « Tourisme interne, vecteur de promotion de l’économie locale et de renforcement du patriotisme », le programme « Les Maliens visitent le Mali » fait le choix de regarder le tourisme non seulement comme une activité économique, mais aussi comme un outil de connaissance du pays, de valorisation du patrimoine et de cohésion nationale.

L’idée mérite d’être saluée. Dans un pays doté d’une histoire exceptionnelle, d’une grande diversité culturelle, de paysages variés et d’un patrimoine matériel et immatériel considérable, il est paradoxal que nombre de citoyens connaissent parfois mieux les destinations étrangères que les richesses touristiques de leur propre pays. Encourager les Maliens à découvrir le Mali peut donc contribuer à créer une véritable culture du voyage intérieur et à rapprocher les populations de leur patrimoine.

L’ambition économique du programme est également intéressante. La formule « visiter le Mali, c’est consommer malien » traduit une réalité importante : le tourisme ne profite pas uniquement aux hôtels ou aux agences de voyages. Lorsqu’il fonctionne correctement, il fait vivre les guides, artisans, transporteurs, restaurateurs, producteurs locaux, artistes, hébergeurs et de nombreux autres acteurs. Le tourisme interne peut ainsi devenir un mécanisme de circulation de revenus entre les territoires et soutenir des économies locales souvent fragiles.

Mais c’est précisément sur ce terrain que se situe le principal défi du programme. Lancer un mois du tourisme est relativement facile ; installer durablement une pratique du tourisme interne est beaucoup plus exigeant. Les campagnes de communication, les panels, les émissions et les sorties d’immersion peuvent susciter l’intérêt. Ils ne suffiront toutefois pas, à eux seuls, à transformer les habitudes de déplacement des Maliens.

Le premier obstacle est celui de l’accessibilité. Découvrir les richesses touristiques du pays suppose des routes praticables, des moyens de transport adaptés, des infrastructures d’accueil, une information fiable et des conditions permettant aux familles, aux étudiants et aux différentes catégories socioprofessionnelles de voyager dans de bonnes conditions. Sans cet environnement, le tourisme interne risque de rester une ambition concentrée principalement dans les grandes villes et auprès des catégories disposant déjà de moyens suffisants.

Le deuxième défi concerne la qualité de l’offre touristique. Valoriser un site ne consiste pas seulement à y conduire des visiteurs. Il faut pouvoir raconter son histoire, assurer son entretien, proposer un accueil professionnel et créer autour de lui une véritable expérience. Le Mali possède des sites et des traditions d’une grande valeur, mais leur potentiel économique ne pourra être pleinement exploité que si leur préservation et leur mise en valeur avancent de pair.

La question de la sécurité constitue également une donnée incontournable. Une politique de tourisme interne à l’échelle nationale doit nécessairement tenir compte de la réalité sécuritaire et adapter les circuits aux possibilités concrètes de déplacement. L’ambition de faire découvrir « toute l’étendue du territoire national » est forte ; sa traduction opérationnelle devra, elle, rester pragmatique.

Il faudra enfin veiller à ce que le patriotisme ne soit pas présenté comme une injonction à voyager, mais comme une conséquence possible d’une meilleure connaissance du pays. On peut aimer son pays davantage en découvrant son histoire, ses cultures, ses populations et ses territoires, mais cette appropriation doit être nourrie par une expérience réelle, accessible et de qualité. Le tourisme peut contribuer au patriotisme lorsqu’il permet de comprendre la diversité du Mali et de créer des liens entre ses citoyens.

Le véritable indicateur de réussite du Mois du Tourisme ne sera donc pas seulement le nombre de cérémonies organisées, de visiteurs mobilisés ou d’ambassadeurs désignés. Il sera de savoir si, après le 30 septembre, davantage de Maliens continueront à voyager à l’intérieur du pays, si les communautés locales tireront effectivement des revenus de ces déplacements et si les sites visités bénéficieront d’une meilleure protection et d’une meilleure valorisation.

L’initiative porte ainsi une ambition à la hauteur des potentialités du Mali. Mais pour passer de l’événement à une politique touristique durable, elle devra s’inscrire dans le temps, être accompagnée d’investissements, d’une meilleure structuration des acteurs et d’une évaluation régulière de ses résultats.

Le défi n’est donc pas seulement de faire visiter le Mali aux Maliens pendant un mois. Il est de faire du voyage intérieur une habitude, du patrimoine une richesse à préserver et du tourisme un véritable levier de développement local. C’est à cette condition que le Mois du Tourisme pourra dépasser le cadre d’une campagne ponctuelle pour devenir le point de départ d’une nouvelle dynamique touristique nationale.

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